Bienvenue, identifiez-vous
19,50 €
978-2-918356-05-5
Editions CSD Editions
Disponible
Mai 1789, Firmin Coste entame sa première remonte de la saison sur le Rhône. Maître batelier à la forte stature, homme d’envergure et de conviction, le verbe haut, Firmin Coste dirige son monde avec fermeté et passion.
Ce roman nous fait découvrir la navigation fluviale au temps des voitures et des quadriges de chevaux, ses hommes, le fleuve, Beaucaire avec la conviction d’un passionné.
Aucun commentaire n'a été publié pour le moment.
Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent poster des commentaires.
Le soleil déclinant, parfaitement sphérique dans le ciel rougeoyant, donnait l’illusion de rouler lentement sur les pentes ondulantes des reliefs cévenols, laissant poindre l’obscurité sur les eaux silencieuses du fleuve-roi : le Rhône.
En ce début mai 1789 ses couleurs ardentes embrasaient les cieux de Provence ; déjà les herbages jaunissaient, déjà la terre se craquelait. Avec le crépuscule, la différence de température entre les eaux froides du fleuve venues des pentes alpines et les premières grosses chaleurs captives du sol et des roches soulevait un couvercle d’humidité qui enfermait peu à peu le fleuve dans son intimité. Entre chien et loup la nature exhalait tous les parfums de cette terre sauvage et indomptée. Les eaux du Rhône, mêlées aux subtils arômes de la large bande boisée longeant les berges, répandaient, au gré de la brise, l’odeur si caractéristique délimitant la frontière invisible séparant la vie du fleuve de celle des campagnes ou des villes. Dans un pesant silence trompeur les animaux s’approchaient peu à peu du fleuve. Seuls les batraciens, en cette époque des amours, commençaient à animer, en une démesure de coassements et pour la nuit, les berges d’un chemin de halage à peine égratignées par l’homme. À l’heure où il leur faut sortir pour manger et se désaltérer, toutes les bêtes allaient s’épier, se poursuivre, se tenir sur leurs gardes, fuir… Pour certaines ce serait la fin, pour les autres le festin. L’éternel cycle de la vie poursuivait son déroulement au rythme du fleuve…
Firmin Coste n’oubliait pas que la décision qu’il allait prendre remettrait à nouveau en jeu son autorité et sa crédibilité. En tant que maître-batelier il ne pouvait imaginer que sa voiture – ses barques halées par les chevaux – soit détruite par une nouvelle colère du Rhône. Il y avait trop de sueur imprégnée sur chaque pouce du bois de ses énormes barques de transport, de sa voiture tout entière, pour qu’il ne la respecte pas : aussi se devait-il d’honorer par de sages décisions la corporation des hommes du fleuve.
Une succession de désastres marquait ce début d’année 1789, tant pour les gens de terre que pour les mariniers du fleuve. Le long couloir que le Rhône s’était puissamment taillé depuis Lyon jusqu’à la mer d’une façon rectiligne, presque orgueilleusement, n’était plus que misère et désolation. Les colères violentes du fleuve, impossibles à maîtriser, démesurées avaient ébranlé à maintes reprises son vaste lit majeur, y détruisant les fragiles aménagements humains, mais aussi toute vie se trouvant sur son passage.
Déjà, l’été 1788 avait été trop sec, multipliant en plaine les attaques de criquets et diminuant d’autant les espoirs de récoltes suffisantes. Après un automne trop pluvieux, les plantes céréalières avaient pourri dans la boue ou avaient été anéanties par les crues à répétition. Puis ce fut un hiver particulièrement glacial qui, une fois épuisées les maigres provisions de nourriture, entraîna une terrible famine. La flore, la faune, les hommes, rien ni personne n’était épargné, le pays tout entier souffrait à n’en plus pouvoir et se trouvait dans un état pitoyable.
Dans le même temps, en France, mille huit cents ans à peine après le début de l’ère chrétienne, les trois quarts des hommes étaient soumis à l’arbitraire d’une noblesse et d’un clergé inhumains et arrogants.
En cette fin du xviiie siècle les éléments naturels étaient en train de modifier la structure même du fondement social établie par l’alliance de la noblesse et du clergé, occupés plus que tout à préserver chacun leur caste, leur rang, leurs privilèges, au détriment du reste du peuple réduit à la misère.
Le fleuve-roi, seule grande voie de liaison entre le nord et le sud du pays, était, plus que tout autre lieu, l’objet de convoitises. Tous, des Grimaldi qui avaient reçu le droit de percevoir des péages en contrepartie de leur contribution aux guerres royales et des puissants évêques jusqu’aux plus humbles seigneurs riverains du fleuve, se servaient du Rhône pour lever des impôts sur leur fief, officiellement en dédommagement de l’entretien des voies de communication. Du moins, était-ce stipulé ainsi dans les lois ! Il n’existait donc pas moins d’une soixantaine de péages entre Arles et Lyon, dont chacun était le lieu de discussions interminables entre les bateliers et les péagers corrompus qui n’hésitaient pas à falsifier ou faire disparaître l’affichage des tarifs afin de fixer les prix à leur guise, favorisant ainsi la contrebande. Les chemins et les routes, que les deux puissants ordres établis entretenaient de moins en moins pour réduire leurs dépenses incessantes, étaient dans un triste état ! Tel était le pays tout entier aux dires des cochers de terre et des mariniers, sans cesse en conflit avec les péagers soucieux de percevoir les taxes pour leur maître. Les cahiers de doléances qui circulaient depuis des mois étaient pourtant explicites, dénonçant les énormes crevasses, fondrières et ornières qui creusaient les chemins de terre sommairement remis en état après les intempéries ; ils étaient défoncés par les crues ou barrés par les arbres déracinés et les roncières qui gagnaient chaque jour sur les vingt-quatre pieds réservés au halage.
Depuis la fin octobre de l’an passé les remontes avaient pratiquement cessé. À cela s’ajoutaient les pillages dont les gazettes se faisaient maintes fois l’écho, devenus monnaie courante dans les campagnes et le long du fleuve. Le pire de tous les maux : la faim. Le commerce du blé était maintenant aussi contrôlé que celui du sel, ce qui favorisait une importante contrebande. L’ordre social ne tenait plus que par la division des classes et l’apparition au tout dernier moment de quelques lots de blé acheminés à grands frais depuis l’arrière-pays où les ports laissaient aux seigneurs et évêques une autorité et une respectabilité très affaiblies. Ils gardaient le souvenir de la guerre des farines déclenchée avec la disette de 1775 et œuvraient avant tout à contenir la révolte.
Début avril 1789, l’entreprise Coste avait fait sa première descize de l’année – descente du fleuve – acheminant des quantités importantes de bois descendues à Serrières depuis les monts du Dauphiné et destinées aux scieries d’Avignon ; la voiture acheminait également du fer et des clous chargés au Pouzin, du vin des coteaux de Croze et puis aussi des soieries de Lyon à destination de Beaucaire, Tarascon et Arles.
Ce 5 mai 1789, Firmin Coste entamait sa première remonte de l’année après avoir séjourné quelques jours à Beaucaire, le temps de remplir son livre de commandes en vue de la prochaine foire de juillet et de faire charger le sel remonté depuis les salines du delta sur les fameuses allèges d’Arles. Emballé en sacs plombés de quatre-vingts livres chacun, le sel lui assurait un revenu certain, fruit d’un droit acquis grâce aux relations de sa famille, à des négociations patiemment élaborées et à l’achat de sa charge.
L’équipage de terre chargé du halage devait redoubler d’efforts pour progresser au milieu de ce terrain dévasté par les intempéries hivernales. Les troncs d’arbres déracinés, parfois à demi immergés, abattus aussi par les nombreux castors, les roncières, les terriers de lapins qui avaient mis les berges sens dessus dessous faute d’entretien régulier, les bancs de sable et les gravières en constant déplacement demandaient aux ouvreurs et charretiers un travail sans relâche. La remonte s’annonçait difficile, recelant mille pièges autant à terre que sur le fleuve, mais de cela le père Coste en avait l’habitude.
Pour la première fois en France, CSD Editions ouvre une école d'écrivains. Si cette pratique est courante dans les pays anglosaxons, elle est...
Après quelques semaines de retard, CSD Editions enménagerai dans ses nouveaux locaux le 1er novembre...
Denys TURRIER a l'accent chantant du Midi, la volubilité méridionale mais quand il s'agit d'écrire son premier roman, il étudie sérieusement son...